La RSE pour sortir de la Crise ou la Crise pour sortir de la RSE ?

Les faits sont troublants voire alarmants. Des études émanant d’institutions fort différentes tendent à montrer que l’engagement des entreprises et organisations en faveur de la RSE, au mieux est loin d’être aussi prononcé qu’on aurait pu le penser ou l’espérer, au pire ralentit ou régresse.

La plus récente est celle présentée début février au groupe de travail n°1 de la plateforme gouvernementale RSE, et rendue publique le 17 mars. Elle porte sur les PME et ETI (Entreprises de taille intermédiaire), celles-ci étant désormais concernées, comme on le sait, sous conditions, par l’obligation de développer des pratiques responsables. Selon les résultats de cette étude menée par l’équipe du Label Lucie, il s’avère que la démarche et les enjeux de la RSE sont le plus souvent ignorés (par 80% d’entre elles) et rarement mis en œuvre de façon complète (environ 2 pour 1000) ; alors même que 80% de ces mêmes entreprises affirment par ailleurs – de manière incompréhensible – connaître le concept de développement durable.

Selon le label Lucie, 53% des PME et ETI seraient « RSE-opportunistes » ; les « décideurs, peut-on encore lire, perçoivent encore une fracture entre RSE et performance économique, alors qu’en réalité la première alimente la deuxième ».i_love_rse Les « décideurs, peut-on encore lire, perçoivent encore une fracture entre RSE et performance économique, alors qu’en réalité la première alimente la deuxième».

Les résultats de cette étude ne sont pas fait pour étonner les acteurs et experts du développement durable et de la RSE actifs sur le terrain ; ils viennent en réalité confirmer ce que chacun redoutait déjà, et ce dès les premiers mois qui ont suivi l’émergence de la crise en 2008, à savoir que celle-ci pourrait offrir à des entreprises et organisations l’opportunité et la tentation de se soustraire à leur engagement, au prétexte que la crise économique a un impact négatif sur leurs activités et leurs marges, et que les objectifs du développement durable et de la RSE exercent une contrainte insupportable en bridant leurs capacités à innover et à créer de la valeur.

Saluons au passage la lucidité, le courage, et la probité dont fait preuve l’équipe du Label Lucie en publiant des résultats peu flatteurs pour les PME et ETI, alors que tant d’autres études ou prétendues telles, complaisantes, égrènent chaque mois des statistiques et palmarès optimistes sinon dithyrambiques. Voilà un bel exemple de comportement éthique et de communication responsable. Qu’ils en soient remerciés.

Il n’empêche, les résultats que nous présente l’équipe du Label Lucie dans cette étude nous sont tombés sur la tête comme une chape de plomb, tant ils sont aux antipodes de ceux auxquels l’actualité de la RSE nous a habitués. Comment cela peut-il être possible, et comment expliquer une telle disparité des résultats ?

A telle enseigne qu’on se demande si l’on assiste pas à une stratégie de fuite ou d’évitement par laquelle des entreprises et organisations chercheraient à fuir leurs responsabilités sociales, sociétales et environnementales par le haut. Tandis que des chercheurs en France et à l’étranger s’évertuent à convaincre et démontrer que la RSE est le moyen d’affronter la crise en opérant le changement du business modèle de l’entreprise, peut-on croire que la crise lui offre l’occasion de sortir de la RSE ?

Où se situe l’engagement des entreprises et des organisations françaises en faveur des objectifs du développement durable et de la RSE, et qu’elle est la réalité de celui-ci ? Comment le mesurer ? Sur quels critères et indicateurs faut-il l’évaluer ?

Selon de nombreux cadres et dirigeants la RSE serait un concept davantage qu’une démarche, d’autant que ses contours seraient mal définis et difficiles à mettre en œuvre. On constate par ailleurs que des outils d’implémentation de la RSE de plus en plus nombreux – trop nombreux sans doute – apparaissent. Si bien que nombre d’entreprises sont tentés de créer leurs propres outils, tout en gardant à l’œil l’attitude et la réaction de la concurrence et des parties prenantes. Le résultat étant que la communication masque souvent les pratiques, les actions, et les réalisations.

Quoiqu’il en soit, on aurait tort de prendre à la légère le risque de voir la RSE se banaliser, c’est-à-dire en définitive de tomber dans l’oubli. On a trop entendu dire durant des années par la voix de ses sceptiques et détracteurs – et ils sont plus nombreux qu’on ne l’imagine – que l’engagement volontaire en faveur de la RSE est un effet de mode, de la poudre aux yeux, voire une invention des milieux d’affaires afin de maximiser leurs profits et d’échapper aux risques de la régulation.

Si tel était le cas, cela signifierait qu’inventée par le capitalisme la RSE serait vouée, après de bons états de services, à être liquidée par lui. Mission accomplie.

Laisser un commentaire